Nucléaire: Greenpeace défie EDF avec un tir de feu d'artifice à Cattenom

12.10.17, 15:16
Vue de la centrale nucléaire de Cattenom, en Moselle, le 12 octobre 2017 | © 2017 AFP

Deux jours après une mise en garde sur la sécurité des centrales nucléaires françaises, des militants de Greenpeace ont défié jeudi EDF en s'introduisant sur le site de la centrale de Cattenom (Moselle) afin d'alerter sur le risque autour des piscines de combustible usagé.

Cette action démontre les "lacune flagrantes" de la sécurité des accès à la centrale, s'est inquiétée la ministre luxembourgeoise de l'Environnement Carole Dieschbourg - dont le pays est situé à une dizaine de km de Cattenom.

EDF a reconnu une intrusion, mais affirme que les militants - qui ont rendu publique une vidéo sur laquelle on les voit tirer un feu d'artifice au pied de la centrale - ont été rapidement stoppés. "Pas d'accès à la zone nucléaire. Pas d'impact sur la sûreté des installations", a tweeté EDF Cattenom.

"Les militants de Greenpeace sont de retour sur le site d'une centrale nucléaire afin de dénoncer les risques qui planent sur ces installations", a fait savoir l'ONG dans un communiqué après l'intrusion.

C'est la première fois que des militants de l'ONG pénètrent dans la centrale de Cattenom.

Vers 07H00, huit militants étaient en garde à vue, ont précisé la préfecture de Moselle et Greenpeace, qui ne donnent cependant pas la même version de l'intrusion.

Selon la préfecture, les militants "se sont introduits dans l'enceinte extérieure" et "l'alerte a été aussitôt déclenchée et a permis au peloton spécialisé d'interpeller les auteurs dans des délais extrêmement courts".

Selon EDF, ils ont été interceptés par les gendarmes huit minutes après leur intrusion.

L'opérateur a annoncé qu'il allait déposer plainte. Les militants "risquent plusieurs années de prison et plusieurs dizaines de milliers d'euros d'amende", a déclaré Olivier Lamarre, directeur adjoint du parc nucléaire d’EDF.

Ces militants sont des "irresponsables" car ils ont joué avec leur vie pour "une opération de communication", a-t-il dénoncé, ajoutant que Greenpeace "n'a rien démontré, sinon que le dispositif de sécurité a fonctionné parfaitement".

Selon la procureure de la République de Thionville, Christelle Dumont, les militants "venaient de différentes régions de France".

- "Au pied de la piscine" -

L'alarme s'est déclenchée à 05H45 et l'intervention a eu lieu avant 06H00, a précisé Georges Bos, directeur de cabinet de la préfecture de la Moselle, assurant que "les militants n'ont approché aucune partie sensible du site".

Si un feu d'artifice a été tiré, a précisé à l'AFP M. Bos, le tir n'a eu lieu qu'"au niveau des portails, soit à l'extérieur du site".

Cependant, dans des images publiées sur leur compte Twitter, on peut voir les militants de Greenpeace tirer un feu d'artifice au pied d'un bâtiment de la centrale, qu'ils présentent comme la piscine de combustible usagé.

"Nous avons déclenché l'alarme dans la première clôture, mais nos militants ont continué tranquillement, sont allés au pied de la piscine", a affirmé à l'AFP Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire pour Greenpeace France.

Or, c'est bien sur la vulnérabilité de ces installations qu'a voulu alerter l'ONG, deux jours après la remise d'un rapport d'experts sur ce sujet.

Dans ce rapport, dont des extraits ont été publiés mardi, sept experts mandatés par l'ONG se sont penchés en particulier sur la capacité de résistance des piscines d'entreposage des combustibles nucléaires usés en France et dans les centrales belges de Doel et Tihange.

Ils ont pointé du doigt ces piscines, qui peuvent contenir plus de combustibles que les coeurs des réacteurs, mais qui ne sont pas protégées comme ces derniers par des enceintes de confinement renforcées.

Avec La Hague et Creys-Malville, la France compte un total de 63 piscines de combustibles usés.

Greenpeace accuse EDF de n'avoir "pas procédé aux renforcements nécessaires" malgré plusieurs rapports précédents.

La centrale de Cattenom se trouve à 5 km au nord-est de Thionville, tout près de la frontière avec le Luxembourg. Elle est constituée de 4 réacteurs à eau sous pression d'une puissance de 1.300 mégawatts (MWe) chacun.

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Article mis à jour le 12.10.17
par  
Camille BOUISSOU