Déserts médicaux : les "bonnes solutions" restent à trouver, prévient l'Ordre des médecins

12.10.17, 16:38
Pour lutter contre les déserts médicaux, "les bonnes solutions" restent à trouver, a prévenu jeudi l'Ordre des médecins | © 2017 AFP

Pour lutter contre les déserts médicaux, "les bonnes solutions" restent à trouver, a prévenu jeudi l'Ordre des médecins, invitant le gouvernement à ne pas reproduire les erreurs de ses prédécesseurs, à la veille de la présentation d'un plan pour l'accès aux soins.

"Le temps est venu d'être politiquement efficace", a lancé le président du conseil national de l'Ordre des médecins (Cnom), Patrick Bouet, à l'occasion de la présentation de son 11e atlas démographique annuel.

Car les années suivent... et se ressemblent : la France n'a jamais compté autant de médecins - près de 216.000 praticiens en activité recensés au 1er janvier 2017, un chiffre plutôt stable depuis dix ans (+0,9%) - , mais les déserts médicaux persistent, voire s'étendent.

La profession, vieillissante, voit notamment ses effectifs décroître chez les généralistes (-9,1% de 2007 à 2017, soit 88.000) dans toutes les régions à l'exception des Pays-de-la-Loire. Et plus généralement dans les cabinets libéraux, où le nombre de médecins a baissé de 10% au profit des hôpitaux et autres structures accueillant des médecins salariés (+10%), désormais majoritaires.

De plus en plus féminisée (47% de médecins femmes), la profession plébiscite davantage l'exercice mixte (libéral et salariat, +9,7%).

Près de 30% des médecins en activité régulière ont plus de 60 ans et sont donc proches de la retraite.

Un peu plus de 20% des médecins retraités sont en cumul-emploi retraite, mais cela ne permet pas de compenser la pénurie dans certains territoires, notamment dans les régions Centre-Val de Loire, Pays-de-la-Loire, Hauts de France, Bretagne et Corse qui ont la densité médicale la plus faible, à l'inverse de la Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca) ou de l'ex-Aquitaine.

Et il ne faut pas compter non plus sur les près de 23.000 médecins à diplôme étranger en activité régulière pour pallier les manques.

Ceux-là "ne viennent pas s'installer dans les zones déficitaires françaises", a souligné le docteur Jean-Marcel Mourgues, président de la section santé publique et démographie médicale, "pour les mêmes raisons" que leurs confrères diplômés en France.

- 'diagonale du vide' -

Les territoires les plus défavorisés d'un point de vue médical sont aussi ceux qui "cumulent le plus de fragilités" en termes socio-économiques ou en matière de prestations de service, a-t-il dit.

Ainsi, prévalence des maladies chroniques, des populations âgées, revenus les plus faibles ou encore faible couverture numérique se retrouvent, comme la faible densité médicale, le long d'une "diagonale du vide intérieure" allant "des Ardennes et de la Meuse jusqu'aux Hautes-Pyrénées et à l'Ariège", a-t-il expliqué, cartes à l'appui.

Les zones déficitaires, établies par les agences régionales de santé (ARS) pour l'attribution d'aides financières censées y favoriser l'installation des médecins, ont par ailleurs prouvé leur "inefficacité" sur "le quinquennat passé", selon M. Mourgues.

De fait, de 2012 à 2017, ces zones sont plus nombreuses à avoir perdu des généralistes qu'à en avoir gagné. En outre, le nombre de généralistes libéraux ou à exercice mixte y enregistre une baisse de 7,1%, soit seulement un point de moins que dans les autres zones.

Les critères de ce zonage doivent être revus dans un arrêté à paraître. Mais il faudrait aussi prendre en compte les besoins de santé, par opposition à l'offre, et d'autres facteurs tels que les moyens de communication, a dit M. Mourgues.

"Allez développer la télémédecine", comme le souhaite le gouvernement, "dans les territoires à faible couverture numérique !", a-t-il ironisé.

La réponse n'est pas dans "l'augmentation irraisonnée du nombre de médecins formés", a estimé Patrick Bouet, plaidant pour une approche plus "qualitative" que "quantitative", axée sur la "formation des professionnels", les "coopérations interprofessionnelles et interdisciplinaires" et une "politique de démocratie en santé" au niveau des territoires.

Il semble qu'il ait été en partie entendu. Le Premier ministre Edouard Philippe et la ministre de la Santé Agnès Buzyn dévoileront vendredi à Châlus en Haute-Vienne leur plan de lutte contre les déserts médicaux. La suppression du numerus clausus, qui limite le nombre de médecins formés, ne devrait pas être au programme, à la différence de la coopération entre professionnels.

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Article mis à jour le 12.10.17
par  
Aurélie CARABIN